L'histoire

Chaque capsule a une histoire.

Ici sont présentés les corps de femmes sur papiers industriels de l’usine Prouvost, retrouvés à la Lainière de Roubaix.

Pendant des années, ces feuilles ont servi à compter, classer, suivre la matière. Des colonnes, des numéros, des annotations écrites rapidement à la main. Des papiers pensés pour l’usine, pour la production, pour le passage des matières d’un atelier à l’autre.

Quand je les ai trouvées, quelque chose était déjà là.

Le temps.
Les traces.
Les gestes.
Une mémoire silencieuse imprimée dans le papier.

Je n’ai jamais eu envie d’effacer cela.

Au contraire, j’ai voulu travailler avec.

Alors j’ai commencé à dessiner dessus.
Des silhouettes.
Des présences.
Des femmes souvent de dos, traversées par les lignes du papier comme si elles avaient toujours été là.

J’aime cette rencontre entre quelque chose de très rigide — les grilles, les chiffres, l’organisation — et quelque chose de profondément vivant et organique.

Les corps débordent doucement des colonnes.
Les courbes viennent casser les lignes droites.
La couleur réchauffe ce qui avait été oublié.

Je ne cherche pas à transformer ces papiers en objets précieux.

J’essaie simplement de prolonger leur histoire autrement.

Chaque feuille porte déjà une mémoire avant même le premier trait.
Et peut-être que c’est cela qui m’émeut le plus :
travailler sur des surfaces qui ont déjà vécu.

Encre, aquarelle et POSCA sur documents industriels d’origine.
Chaque œuvre est unique.

Marine Verspieren