L'atelier avant mai

Il y avait des toiles par terre.

Des rouleaux de lin contre le mur.
Des pots de pigment ouverts.
Des papiers retrouvés dans les archives de la Lainière de Roubaix — colonnes de chiffres, annotations de production, documents industriels que personne ne regardait plus.

Avant mai, il y avait tout ça.

Et des corps qui apparaissaient.

Pas dessinés vraiment — plutôt convoqués.
Une épaule qui surgit d'un geste rapide.
Une hanche dans la courbe d'une ligne hésitante.
Un dos qui respire sous la matière.

Ce n'est jamais la perfection que je cherche.
C'est la trace juste.
Celle qui reste quand la main s'est arrêtée sans savoir pourquoi.

Les grands formats sur lin portent quelque chose de physique.
On travaille debout, on se déplace, on recule, on revient.
Le lin gondole, résiste, absorbe.
Il garde tout — les repentirs, les superpositions, les accidents.

Les papiers industriels sont plus silencieux.
Ils viennent déjà chargés d'une histoire qu'ils ne racontent pas.
Les corps qu'on y trace semblent plus intimes, presque cachés dans la trame des colonnes de chiffres.

Mais c'est le même territoire.
La même obsession des courbes.
La même recherche d'une forme féminine qui ne soit pas un objet — plutôt un paysage, une présence, quelque chose de vivant et de fragile.

Matière Mémoire, c'est commencé là.
Dans cet atelier, avant mai.
Avec ces corps qui continuaient à apparaître sur des matières qui avaient déjà vécu.